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Archive for août 2012

« Pierre Albert-Birot », Le Monde des livres, 16 mars 1968, p. IV.

Ce qui me frappait le plus en Pierre Albert-Birot, c’était la permanence de l’état poétique. J’aurai toujours présent à la mémoire son œil vif, scrutateur, ironique souvent, passionné parfois, très aigu lorsque le spectacle le prenait, mais parfaitement capable de se perdre, de regarder dans « son ailleurs » lorsque la compagnie dans laquelle il se trouvait l’ennuyait. C’est alors qu’il était Grabinoulor. Toujours sur ses gardes, agressif même, mais j’ai mon sentiment là-dessus. Il voulait bien tout prendre à l’autre, mais détestait se livrer dans le quotidien. « Si vous voulez savoir qui je suis, allez voir dans mon œuvre, elle seule compte ».

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« Dans le sillon de Pierre Albert-Birot », Saint-Front-sur-Lémance, La Barbacane, revue des pierres et des hommes, n°47, « Connaissance de Pierre Albert-Birot », textes recueillis et présentés par Max Pons, 1968, p. 13-19.

Le peintre Serge Férat est perplexe. Depuis deux ou trois mois[1], je prépare un travail universitaire sur sa sœur, la baronne d’Œttingen, en littérature Roch Grey. Petit à petit, je rencontre tous ceux qui ont connu Roch. Mais il reste un « gros morceau », l’entrevue la plus difficile. « Pour bien connaître tout un aspect de ma sœur, vous devez rencontrer Pierre Albert-Birot ; ils se sont vus journellement pendant – qui sait – trente ans. Mais voilà, il est tellement sauvage, il entrouvre à peine sa porte et n’hésite pas à la refermer au nez d’un intrus ».

Pierre Albert-Birot, pour moi, c’était prestigieux. Je m’étais penchée jour après jour, à la Bibliothèque Doucet, sur la collection de SIC – sur grand papier – et rencontrer l’ancien directeur de SIC semblait fort périlleux à la jeune sorbonnarde fraîchement licenciée !

J’écrivis – en l’accablant de mon respect –, il me fit répondre par Serge Férat à qui il téléphona, et rendez-vous fut pris.

Je me risquai.

Il battait la semelle dans la galerie de tableaux où il travaillait alors, juste en face de l’Élysée. J’ai compris depuis, car c’était une habitude, qu’une demi-heure avant le rendez-vous il avait commencé à attendre. Son premier mot fut quelque chose comme : « C’est extraordinaire, vous êtes une femme et vous êtes à l’heure ! » Et puis, et puis, nous parlâmes de Roch Grey. Évidemment il la connaissait mieux que quiconque, et il avait compris la curieuse ambiguïté du personnage. Le lendemain même, je fis ma première entrée rue des Saints-Pères, au 71, où je devais prendre un document.


[1] Novembre ou décembre 1954.

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