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Archive for septembre 2012

Pierre Albert-Birot, Distance, Mortemart, Rougerie, 1976, 83 p., p. 8.

La condition absolue du travail était la solitude totale, celle que l’on a entre ses quatre murs, comme celle que crée l’animation d’une foule passante et anonyme. Petits carnets, petits papiers, ébauches, c’était le premier temps. Il n’en reste à peu près aucune trace. Pierre Albert-Birot a jalousement préservé le secret de son travail. Il lui importait beaucoup que l’on ne sache pas s’il avait le poème facile ou laborieux. Les étapes créatrices étaient son mystère, une joie indicible qu’il ne voulut partager avec quiconque. Seul comptait le poème abouti, dûment paraphé. Une conversation avec le lecteur pouvait néanmoins suggérer telle modification, car Pierre Albert-Birot avait l’oreille attentive, mais il ne pouvait s’agir que d’un point de détail. J’ai compris plus tard que l’échange était plutôt une maïeutique qui aidait Pierre Albert-Birot à résoudre une hésitation, un doute. Ajoutons que les grands poèmes, les grandes suites sont plutôt œuvres de cabinet. Le grand air était plus propice aux poèmes fulgurants comme les Gouttes.

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Pierre Albert-Birot, Distance, Mortemart, Rougerie, 1976, 83 p., p. 7.

La méthode et le rythme de travail de Pierre Albert-Birot furent des plus singuliers. Il affirmait ne vivre pleinement que deux heures par jour, celles qu’il consacrait à l’écriture. L’heure du soir était pour Grabinoulor. Pendant quelque 45 ans, il emplit régulièrement de sa petite écriture serrée, avec becquets, deleatur, repentirs, d’immenses registres fortement reliés. Les bons jours, deux, trois pages ; les mauvais – ou les meilleurs ? – quatre mots. Au bout du compte, six grands albums.

Midi était « l’heure haute », celle de la poésie. Tôt le matin, Pierre Albert-Birot s’affairait aux travaux du ménage et de la cuisine ; ensuite, tout en travaillant et modifiant son texte, il dactylographiait ce qu’il avait écrit la veille, puis pour gagner du temps, il déjeunait vers 11 heures. Ainsi, lorsque sonnaient les douze coups, il était prêt pour ce qu’il appelait son « entrée au Paradis ». Ses occupations l’appelaient dans le quartier des Champs-Élysées à 14 heures 30. Selon le climat, la saison, la fantaisie, le poème entrepris, il restait à sa table de travail ou partait d’un pas allègre vers un banc favori, face au restaurant Ledoyen.

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