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Archive for février 2013

« SIC (janvier 1916-décembre 1919), carrefour des modernités », dans Les revues littéraires au XXe siècle, textes rassemblés et présentés par Bruno Curatolo et Jacques Poirier, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 2002, 254 p., p. 109.

Même s’ils correspondaient à des plus secrets désirs, le poète français Pierre Albert-Birot ne dut certainement pas saisir alors les enjeux considérables de cette circulation dont, pendant une période brève mais déterminante, SIC fut le point de passage, le carrefour obligé. Il n’est même pas sûr que, préoccupé par sa propre création, il en ait pris conscience ultérieurement.

Il n’en reste pas moins que, sans la revue, sans l’ouverture qu’elle lui apporta, Albert-Birot n’aurait pu s’accomplir véritablement. Il a tiré son suc d’une expérience exaltante et douloureuse. Quant à ceux qui se sont « essayés » dans SIC, ils ont pu trouver là un accueil enthousiaste, généreux, un peu brouillon, au sein de lignes de conduite qui mirent du temps à se définir.

Hasard, adieux à une époque révolue, c’est par la fin de « La Légende » qu’Albert-Birot prend congé des lecteurs de SIC. La Statue, mystérieuse messagère du poète, se tait, La Foule se déchaîne dans un double poème à crier et à danser en langage primitif avant de proférer distinctement : « Les yeux s’éteignent ».

Ils se ferment au monde du bruit et de la fureur. Il faut désormais exploiter toutes les richesses engrangées au cours des quatre années pleines que vécut la revue. « Les revues d’avant-garde doivent mourir jeunes », dira un jour Albert-Birot, et il est vrai qu’il n’avait plus grand-chose à attendre de la revue telle qu’il la rêva à la fin de 1915.

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« Un Pied dans un soulier trop court », préface à Rémy Floche, employé, Paris, Éditions de l’Allée, 1986, p. 203.

L’accent a souvent été mis sur l’importance de la notion de double chez Albert-Birot, et l’on trouverait sans peine à travers son œuvre nombre d’exemples pour justifier la pertinence de cette remarque : Matoum et Tévibar[1], découverte du moi et de l’autre moi[2], les deux dieux des Mémoires d’Adam[3], Furibar s’opposant à Grabinoulor[4]. Mieux vaudrait cependant dire duel, jusqu’au sens le plus strict du terme : Furibar n’a été créé que pour ferrailler contre son ami Grabi ; Matoum, le vrai poète, tue Tévibar, le faux, mais le ressuscite derechef… En fait, Albert-Birot vivait lui-même intensément cette dualité caractéristique de l’humaine condition, des Dioscures aux Météores, en passant par les incontournables Quichotte et Sancho.

En 1929, lorsqu’il entreprend Rémy Floche, employé, c’est encore à un autre lui-même qu’il juge bon de déléguer la charge d’écrire son livre…


[1] Matoum et Tévibar, dans Théâtre I, Mortemart, Rougerie, 1977.

[2] Poèmes à l’autre moi, dans Poésie 1927-1937, Mortemart, Rougerie, 1981.

[3] Les Mémoires d’Adam, Paris, Éditions de l’Allée, 1986.

[4] Le personnage de Furibar apparaît avec le troisième livre de Grabinoulor. Voir les extraits publiés par Gallimard en 1964.

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