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Archive for septembre 2013

Pierre Albert-Birot, Plutus ou le dieu des riches, comédie en deux tableaux, Limoges, Rougerie, 1969, 85 p., présentation d’Arlette Albert-Birot, p. 7-8.

C’est sans doute vers les années 1926-1930, que Pierre Albert-Birot écrivit cette libre transposition du Plutus d’Aristophane. Le manuscrit dormait dans un placard, pas vraiment oublié, mais en profonde somnolence. Pierre Albert-Birot y faisait parfois une vague allusion, c’était une sorte de réminiscence. Vers 1964, en mettant un peu d’ordre dans les textes inédits, j’ai trouvé « Plutus », je l’ai lu, et j’ai vite dit mon enthousiasme à l’auteur. Il était alors préoccupé par la rédaction de Grabinoulor, l’œuvre était loin de lui, passée, ne l’intéressait plus guère.

Le vendredi 21 juillet 1967, très exactement quatre jours avant sa mort, je l’ai vu très fatigué, très anéanti, déjà lourdement marqué par sa fin. Il faisait un soleil écrasant, sans un souffle d’air. Nous sommes partis pour Chantilly. Là, dans la paix absolue de cette nature forestière qu’il aimait entre toutes, d’une seule traite, je lui ai lu Plutus. Il n’a pas bougé, gardant les yeux obstinément fermés. Quand ce fut fini, avec une précision qui me bouleversa, il émit : « Ma foi, telle qu’elle est, elle tient le coup, cette pièce. Évidemment, je sais pourquoi je l’ai abandonnée : il y manque la guerre, mais tant pis, elle pourrait tout de même paraître ainsi. »

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Arlette Albert-Birot, « Les didascalies dans le théâtre de Pierre Albert-Birot », Travaux et documents, no26, 2004.

Silence, étude dramatique (5 janvier 1928)

La pièce tient en trois pages et les circonstances de sa composition donnent les clés utiles. Deux acteurs japonais, Yasushi Wuriu et son partenaire Yoshida furent engagés au Vieux-Colombier en 1927. Mimes et danseurs, ils connaissaient la notoriété au Japon. Hélas, à peine à Paris, pendant les répétitions, Yoshida tomba gravement malade, fut hospitalisé et mourut. Coup fatal pour Wuriu qui perdait tout à la fois l’ami et l’indispensable partenaire. On annula les représentations prévues chez Copeau. Profondément affligé, Y. Wuriu promenait son visage tragique, donnant à PAB l’idée de Silence, « drame écrit pour l’acteur japonais Y Wuriu[1] » : face à face entre le Mari et la Femme, elle sourde et muette ; arrivée de Madame Baron. L’atmosphère se détend, le Mari et la visiteuse babillent éperdument, flirtent quand la Femme s’absente ; elle rentre portant « une assiette avec de la confiture » qu’elle vient de faire. Madame Baron apprécie le geste, goûte… Elle mange puis presque aussitôt s’affaisse, lui se précipite. Malgré ses efforts, elle glisse de la chaise et tombe à terre. Elle est morte. Lui se trouve entraîné à terre par la morte. » Voici les dernières lignes :

Le Mari (courant vers la porte) : Au secours au secours

(La Femme n’a pas bronché et le visage fermé, regarde se victime, imperceptible rictus sur un masque inexpressif)

Rideau

Là encore, les didascalies sont indispensables à ce « drame-express ».


[1] Silence fut créé le 29 avril 1928, à « La Pipe en sucre ».

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