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Archive for janvier 2014

« Pierre Albert-Birot : Grabinoulor et « le concert déconcerté », Les Polyphonies du texte, sous la direction de Montserrat Prudon, Paris, Al Dante, coll. « Traverses », 2002, 372 p., p. 79-92, repris dans Arlette Albert-Birot et Traverses, sous la direction de Montserrat Prudon, Traverses, 2011, 150 p., p. 59-70.

Qu’un violon attaque, quoi de plus naturel, et il y a comme le frisson d’un avant la bataille qui passe, ensuite, la déferlante : « Feu ! », un violon a tiré, tous les violons sont en joue, tous ont tiré, on a attaqué au commandement, c’était un ordre, partir au doigt et à l’œil. Un orchestre comme une armée, un chef d’orchestre comme un général dépassé[1]. Nous nous trouvons dans une sorte de dessin animé verbal où Grabinoulor trouve sa joie et un épanouissement qui n’a saisi ni Jarry ni Ubu. C’est à ces pointes de dérèglement de tous les sens que tend le héros du livre, façon pour lui de se retrouver maître de cette nef des fous dans laquelle il prend plaisir à nous embarquer. À deux reprises, il est fait allusion aux systèmes nerveux bandés, à vif : le lieu, d’abord clos, devient ce théâtre circulaire qu’Albert-Birot rêva un jour[2], mais comme nous sommes dans le paroxysme aigu de la folie et de l’Enfer des peintres – je souligne, car les expressions sont dans le texte – le théâtre se métamorphose aussi et devient fosse aux fauves.


[1] Et comment ne pas rappeler le film de Fellini Prova d’orchestra [Répétition d’orchestre], 1978, où l’orchestre se révolte à l’apparition du chef qui confesse sa nostalgie d’un passé où régnaient ordre et discipline ?

[2] « À propos d’un théâtre nunique », SIC, nos8-9-10, août-septembre-octobre 1916 et nos21-22, septembre-octobre 1917. Je dis « rêva », car il ne propose pas le dispositif pour aucune de ses pièces.

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« Pierre Albert-Birot : Grabinoulor et « le concert déconcerté », Les Polyphonies du texte, sous la direction de Montserrat Prudon, Paris, Al Dante, coll. « Traverses », 2002, 372 p., p. 79-92, repris dans Arlette Albert-Birot et Traverses, sous la direction de Montserrat Prudon, Traverses, 2011, 150 p., p. 59-70.

Donc, au début du chapitre, avec un vocabulaire qui n’y va pas par quatre chemins, Grabinoulor se questionne longuement sur l’attirance des sexes, s’attarde sur le coït, pense que pour un homme dire « j’ai eu cette femme » n’est que simple figure de style et qu’il doit inventer la copulation par les yeux[1]. Donc, pour la femme, port obligatoire de lunettes noires, cache-sexe oculaire que, librement, elle choisit de porter ou d’ôter. Mais, sur le conseil du diable Bôfrizé, petit personnage emprunté à un chapiteau roman de l’église de Plaimpied, Grabi s’en tient au statu quo ante, avant de se diriger vers le Portugal de 1360, lorsque Pierre 1er oblige les courtisans à venir rendre hommage au cadavre d’Inès de Castro, la reine morte[2]. Dans la foulée, la vieille dame Tradition se présente, vante ses quartiers d’antique noblesse, geint sur la modernité, et Grabi finit par la « foutre » « vieux ballot » par la fenêtre, « à la façon des gens qui secouent leurs puces et leurs punaises ». Surgit alors M. Lérudit, qui entraîne Grabinoulor place Vendôme où l’on vient de découvrir un stylite ; Grabi veut l’interviewer. Hélas, après soixante-dix ans passés en haut de la colonne sans parler, la langue de celui qui rêvait de devenir Siméon IV, nommé illico par Grabi « saint Siméon IV, dit Siméon Vendôme », sa langue donc n’est plus qu’un « ruban », étonnante expression pour dire son aphasie.


[1] […] quand on pense que ceux de Mahomet les propriétaires les plus jaloux de la terre cachent tout absolument tout de leurs femmes derrière cent voiles tout excepté les yeux ! Comment peut-on expliquer que tout un peuple ait ainsi pensé tellement à l’envers car il convient bien entendu de faire radicalement le contraire cacher d’abord avant tout et surtout les yeux quant au reste c’est ad libitum selon les questions d’esthétique […] p. 666.

[2] La Reine morte de Montherlant fut créée en 1942.

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