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Archive for février 2014

Arlette Albert-Birot, « Pour un art poétique », F, 1973, p. 42-43.

En somme, ce que Pierre Albert-Birot voulut, dans tous ces domaines, ce fut la liberté d’expression la plus absolue, et il paya cher cette indépendance… Ce qui lui importait était de vivre la joie de la création. Il crut intensément au pouvoir de l’écriture. Sur ce point et d’emblée, il s’est totalement désolidarisé des surréalistes. Il voulait écrire en pleine conscience. Ça n’est pas par hasard si dans sa pièce de théâtre pour marionnettes Matoum et Tévibar, la tête du vrai poète – Matoum – s’éclaire lorsqu’il parle. Tout l’être est illuminé par le bonheur de sentir qu’il crée, et c’est tout l’être aussi qui s’éteint lorsqu’il sent que son « Bon Daimôn » l’abandonne. Quoi de plus bouleversant que cette ultime déclaration, confiée au secret du papier quelque trois semaines avant la fin :

Mon bon Daimôn tu ne m’aimes plus…

Aussi commente-t-il, sans résignation, son dernier poème. L’existence ne valait pour PAB que dans la mesure où il vivait en poésie, et c’est au fond de lui-même qu’il eut conscience que son heure sonna au moment de cette désertion. Ce fut sans doute cela sa véritable agonie ; il la vécut pleinement, douloureusement, dans la lucidité. Malgré tout, c’est encore à lui que j’en appellerai pour le mot de la fin, justification de l’œuvre :

Sur la grand-route des interminables naissances de jeunesse en jeunesse

il cueille et lui tout plein de mort il affirme à la mort qu’il vit.[1]


[1] Siècles (« Les Amusements naturels »).

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Arlette Albert-Birot, « La poésie et les poètes à Cerisy », S.I.E.C.L.E [colloque de Cerisy, 2002], 100 ans de rencontres intellectuelles de Pontigny à Cerisy, sous la direction de François Chaubet, Édith Heurgon et Claire Paulhan, Institut Mémoires de l’édition contemporaine, 2005, p. 441-442.

CERISY COMME UN LIEU DE VERITE, DE LIBERTE, D’EXPANSION SINCERE, PROPRE A SUSCITER L’AUTO-ANALYSE, ET LA CONFIDENCE DISCRETE.

Est paru récemment le colloque Georges-Emmanuel Clancier, passager du siècle[1] que j’ai eu tant de plaisir à conduire en 2001. Mais comment rendre l’émotion du poète, sa malice à peine ingénue lorsqu’il s’émerveillait de toute glose enthousiaste à propos de son œuvre poétique, romanesque, critique. Il voulait nous laisser le plaisir de croire que nous lui en révélions des aspects cachés. Exquise, irremplaçable urbanité. Et comment pourrais-je oublier ma surprise heureuse, ma jubilation lorsque j’entendis Dominique Noguez, un des anciens fidèles de Cerisy[2], proclamer au colloque Pierre Albert-Birot, laboratoire de modernité, en 1995, ce que je n’espérais jamais entendre aussi distinctement : « Honneur à Grabinoulor (le livre), or de la littérature, Odyssée dans rivages, Énéide sans violence, Henriade éclatée, Gilgamesh humoristique, Chanson de Roland qui finit bien, Homme d’or d’un moderne Apulée ou d’un non moins moderne Lucien, Décaméron de seize mille journées, Don Quichotte français, Légende du siècle, Candide cubiste, Ulysse lisible, Recherche d’un temps jamais perdu et toujours retrouvé, livre-somme, œuvre-vie, exemple le plus obstiné et le plus achevé de l’utopie admirable du roman total. »[3] Que cette citation soit ma façon de dire merci aux hôtes qui ont su créer l’esprit de Cerisy.


[1] Georges-Emmanuel Clancier, passager du siècle, Limoges, PULIM, 2003.

[2] Alors élève de l’École normale, il y vint dès septembre 1965, pour le colloque Paul Valéry.

[3] Pierre Albert-Birot, laboratoire de modernité, Jean-Michel Place, coll. Surfaces, 1997, p. 298.

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