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Archive for avril 2014

Arlette Albert-Birot, « Claude Cahun, Écrits », présentation de Claude Cahun, Écrits, édition présentée et établie par François Leperlier, Paris, Jean-Michel Place, 2002, dans Livre/échange, n°27, été 2004, p. 6.

Claude Cahun

Qui, en 1992, connaissait l’étrange Claude Cahun (Nantes 1894-Jersey 1954), née dans la grande bourgeoisie intellectuelle, partageant sa vie, accompagnée de Suzanne Malherbe, entre Paris et Jersey ? Elle se lie avec H. Michaux, pratique le théâtre avec P. Albert-Birot, découvre le surréalisme, et surtout A. Breton puis G. Bataille ; à côté d’eux, avec eux, mais presque toujours en retrait, un peu farouche et d’abord soucieuse d’indépendance, elle signe de violentes déclarations collectives, publie dans leurs revues : un pamphlet, une photographie. Elle glisse comme une ombre. À Jersey, on se rappelait les deux dames qui, dès 1940, menaient des actions de résistance contre l’occupant nazi. Ensuite l’oubli, ou presque.

Mais, à partir de 1991, la galerie Zabriskie donne à voir à Paris et à New York ses étonnants autoportraits, les photomontages où elle se met en scène. Elle devient une référence, un mythe, un modèle que l’on va mieux connaître grâce au livre de François Leperlier : Claude Cahun, l’écart et la métamorphose (Jean-Michel Place, 1992).

Il restait à ressusciter l’écrivain. C’est chose faite avec ces Écrits. Un parcours de quarante ans d’écriture : récits de jeunesse, portraits revus d’héroïnes mythiques – de Dalila à Judith, de Cendrillon à Salomé –, articles dans des revues qui comptent (Mercure de France, Minotaure…), textes inédits destinés à José Corti, Tzara, Gaston Ferdière…

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Arlette Albert-Birot, « La revue Centres – Georges-Emmanuel Clancier, Robert Margerit, René Rougerie » dans Georges Emmanuel Clancier, passager du siècle, colloque de Cerisy, 24-31 août 2001, dirigé par Arlette Albert-Birot et Michel Décaudin, Limoges, Presses Universitaires de Limoges, 2003, 421 p., p. 41-57, p. 52.

Joé Bousquet

Parmi les prosateurs, des noms que l’on attend, celui de Joë Bousquet, au premier chef. On se rappelle que le jeune Georges-Emmanuel Clancier, étudiant à Toulouse, fit le voyage initiatique à Carcassonne. Et il suffit aujourd’hui de l’écouter pour sentir qu’il n’a rien oublié de la chambre obscure ni surtout de celui qui envoûtait littéralement ses visiteurs, d’abord par sa présence, puis par la force d’une parole dont les écrits confirmaient la splendide beauté. Dans Centres no4, de Bousquet, « Nos mêmes larmes », trois pages de prose méditative sur la mort d’un très jeune enfant apprise par une lettre. D’emblée, tout Bousquet nous est donné, la pénombre de sa chambre qui baigne les trois pages, la douleur inévitable (« Le même gémissement, vieux comme la mer, passe à travers les cahots »), la mort omniprésente (« des dettes, des maladies, des deuils, les mêmes dettes pour tous, les mêmes deuils »). Bousquet tisse et retisse sa pensée, ni résigné ni révolté, il se heurte au mur, aveuglé :

Tu additionnerais sans fin les faits de ta vie sans réussir à te retrouver. Leur contenu ne te contient pas. Ils sont ce qui te manquait pour égaler ta volonté avec ta vie qu’ils incarnent aveuglément comme une réalité lunaire qui te rendrait fou si tu te confondais avec elle.

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