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Archive for novembre 2014

Arlette Albert-Birot, « Max Jacob poète moderne dans Le Laboratoire central ? », dans Max Jacob et la création [colloque d’Orléans, 1994], textes réunis par Arlette Albert-Birot, Jean-Michel Place, coll. « Surfaces », 1997, 250 p., p. 65-74.

Prudemment, j’avancerais une hypothèse. En élaborant son Laboratoire central, Max Jacob a voulu montrer qu’aucun domaine n’est étranger à la modernité, que tous les sujets peuvent être abordés de façon moderne et le livre de 1921 serait le creuset où aboutissent les recherches de Max dans ce sens ; mais il y aurait un dépassement extrêmement lucide de son propos. Max se voudrait donc un poète moderne, libre de toute entrave, de toute contrainte, formelle ou essentielle, y compris dans le domaine auquel sa révélation de 1909 l’a ouvert. Max souhaiterait que l’on ne fît plus la différence entre une écriture profane et une écriture sacrée – qui, dans le domaine poétique, va désormais l’emporter chez lui. Avec l’ardeur du prosélyte, il pense que sa poésie, au diapason formel de ses contemporains, sera efficace. Pourquoi la poésie sacrée devrait-elle s’enfermer dans des sulpiceries auxquelles il ne se pliera jamais, au lieu d’utiliser, elle aussi, les ressources de l’Esprit nouveau. Les tentatives de Maurice Denis pour inventer dans ses ateliers un nouvel Art sacré, ne suscitent chez Max qu’une prudente réserve. Il sait sa propre quête plus audacieuse. Dans tout poète il y a un démiurge. Max n’échappe pas à cette dimension. Le Cornet à dés, Le Laboratoire central devraient être lus, selon le vœu à peine secret de leur auteur, comme le diptyque d’une modernité dont il ne cesse de revendiquer la fulgurante nouveauté.

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Arlette Albert-Birot, Loïc Herry, Crise de manque, Éditions Dumerchez, 2010, 57 p., postface d’Arlette Albert-Birot (« Écouter chuinter les chouettes »), p. 53-54.

Loïc Herry

Ainsi s’achève la publication de l’œuvre interrompue de Loïc Herry. L’ensemble est désormais publié, disponible. Œuvre quasi posthume donnée à nous tous, ses proches, ses amis, ses admirateurs, ses éditeurs, et surtout ses lecteurs acquis ou à venir. L’œuvre jeune à jamais d’une vie trop brève ; quinze années essentielles vouées à l’écriture pendant lesquelles le poète continue à vivre intensément, explorateur inlassable, curieux de toutes les découvertes que chaque jour lui apporte. Depuis 1983, quelques textes paraissent dans des revues un peu confidentielles mais de bonne tenue[1]. Les lectures continuent à s’étendre, il hante les musées, au cours de voyages proches et très lointains. Êtres, paysages, horizons sont intégrés à un univers qui s’élargit sans cesse – qu’il le critique, le refuse ou adhère pleinement ; François David et Møtus publient Éclats, en 1991. Le reste attendra[2]. Dès 1990, l’œuvre est portée par l’amour lumineux que Loïc voue à Christel. En février 1993, une première version de Crise de manque – qui alors ne fait qu’un avec Night and Day – est terminée. Loïc propose le manuscrit à des éditeurs ou à des revues. Mais en mars, il subit l’ablation de la tumeur cancéreuse qui l’emportera… le temps lui est compté – il n’a plus que seize mois à vivre – le hasard des nominations le sépareront de Christel qu’il retrouve néanmoins à Florence, à New York, à Tahiti…


[1] La Foire à bras, Minuit, Doc(k)s, Décharge, La Corde raide, Traces, Le Mensuel, Rivages d’encre, Regart, Le Guide céleste, Noir & blanc, La Revue de la Maison de la poésie Rhône-Alpes, Digraphe… Publications reprises dans les recueils ultérieurs.

[2] Sous le voile de Tânit, Portrait de l’Artiste en personnage de roman, Ouest, Polynésie-Poésie, Night and Day, Crise de Manque.

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