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Archive for décembre 2014

Arlette Albert-Birot, « Les frontières poreuses de Jacques Maret », dans Frontières éclatées, sous la direction de Montserrat Prudon, Paris, Éditions La Différence, coll. « Traverses », 2000, 448 p., p. 157-178, repris sous le titre « Les frontières poreuses de Jacques Maret, ou en adaptant une de ses phrases : Le ciel a « traversé » la terre », dans Arlette Albert-Birot et Traverses, sous la direction de Montserrat Prudon, Traverses, 2011, 150 p., p. 15-34., p. 17.

Jacques Maret

Je passerai très vite sur ces très riches années de formation pour en venir à l’acte fondateur, après une brève et dernière parenthèse. En 1927 paraît chez Vaucher, pressiers à Paris, Le Diable dans le beffroi d’Edgar Poe, traduit par Fernande Hélie. De magnifiques bois gravés puissamment noirs de Jacques Maret font tout le prix de l’édition[1]. Un premier et rare livre – déjà – tiré chez des artisans comme Maret les aime[2]. Ensuite il faudra attendre que Denoël publie en 1935 Corps, poèmes. Les deux autres petits recueils de Jacques Maret, Emballage perdu et Bagages à l’arrivée ne sortiront que dans les années soixante, et ce sera de l’auto-édition. Sans gloser, nous venons de constater que Jacques Maret a plusieurs portes d’entrée dans le livre, celle du graveur et celle du poète.


[1] FI 28, reproduction de la couverture du Diable dans le beffroi, avec la simple mention « Jacques Maret 1926 ».

[2] FI 18, deux clichés de J. et J. Vaucher. 1) la cheminée décrite p. 165. 2) tiré en bleu ardoise, NONCHALANCE, montage du même. Sept vignettes sur quatre plans, se souciant peu des proportions : a) un angelot nu, sac de voyage à la main ; b) à gauche, une grille fermée, à droite, un cheval sellé ; c) superposés, un pavillon d’agrément circulaire, une boule, une couronne royale ; d) à l’arrière-plan du pavillon, façade d’un petit château Louis XIII. Le titre nous incite à lire la scène avec le regard de Baudelaire : « Là tout n’est qu’ordre et beauté… »

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Arlette Albert-Birot, « Le verbe poétique de Nelly Kaplan », dans Nelly Kaplan : le verbe et la lumière, textes réunis et présentés par Mireille Calle-Gruber et Pascale Risterrucci, L’Harmattan, coll. « Trait d’union », 2004, 215 p., p. 57-81.

Nelly Kaplan

Dans un registre bouffon de rebondissement joyeux, voici Hugo, Doña Sol, le « li-on superbe et généreux » que l’on pouvait espérer, mais Aux orchidées sauvages, on ne sort pas par « l’escalier dérobé » :

–         Ma parole, murmure Jo essoufflée, on dirait que ce soir tu as mangé du lion !

Superbe et généreux, le lion se rhabille et sort dans le couloir.[1]

Trois hexamètres et le li-on est sauf !

Dans ce roman noir, placé sous le signe de la lune, nous l’avons beaucoup dit, nous attendions le finale de Salammbô où il est écrit : « Ainsi mourut la fille d’Hamilcar pour avoir touché au manteau de Tanit. » Dans les Orchidées…, faut-il rappeler l’omniprésence de la chatte Tanit ? Voici les fins dernières du héros pitoyable où terme à terme le texte de Flaubert est repris :

Ainsi mourut John Harold, fils de Finger, pour avoir touché, sans rien comprendre, aux manteaux blanc-rouge-noir des dames d’Anatha.[2]

Final qui renvoie à l’ouverture, à la première apparition des trois Orchidées elles aussi prêtresses de la lune, reprenant la symétrie flaubertienne où après le fameux trimètre « C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar », nous allons rencontrer Salammbô, jeune prêtresse de Tanit, que son amour pour le Lybien Mâtho perdra[3].


[1] Nelly Kaplan, Aux Orchidées sauvages, Paris, La Différence, 1998, 174 p., p. 139.

[2] Ibid., p. 168.

[3] Il faut à nouveau souligner le renversement kaplanien : c’est Finger, l’homme, qui a couru à sa perte.

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