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Archive for février 2015

Arlette Albert-Birot, « Philomène ou la langue arrachée, suivi de La Parole des bâtons », extrait de Serge Pey, la bouche est une oreille qui voit, Jean Michel-Place, 2006, 122 p.

Serge Pey

Ils sont presque devenus emblématiques de la performance poétique de Pey, et il n’est pas rare qu’on le nomme « le poète aux bâtons » ; il ne refuse pas l’appellation car il aime l’archaïsme et la modernité du support où les mots sont embâtonnés, mis en scène. Le poème est comme « tatoué sur la peau du bâton ». Difficile d’imaginer Serge Pey effeuillant des pages – ou s’il le fait, elles deviennent feuilles envolées au vent, ou, formant une figure sur le sol, elles seront maculées après lecture par un piétinement ou un écrasement de tomates. La performance accomplie, le sol, en toute circonstance est devenu un champ de bataille. Parlant de « calligrammes de bâton », Claude Debon lui donne de nouvelles lettres de noblesse, reliant l’objet et sa fonction à la grande aventure apollinarienne. Qu’il marche ou piétine, le poète s’appuie sur le bâton, balancier du temps, à la double fonction sémantique : il tape, il signifie, délimitant l’espace d’une page d’écriture, car longtemps, Serge s’est méfié de la prise de voix qui n’était pour lui qu’un « gueuloir » où essayer son texte. Il lui a fallu prendre conscience de la force de l’oralité : celui qui participe à la performance verra le mouvement du bâton qui monte, redescend en tournant un peu, avant de remonter sous le regard de Serge qui s’attache à le suivre, ne se détournant jamais pour chercher un public captif. Entre l’auditoire et lui, il y a le bâton ; il figure le concept de la poésie action, comme un trait d’union qui sépare.

 

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Arlette Albert-Birot, « DI(ART)LOGUE 1, avec Marie-Christine Forget, Michel Mousseau et Jean-Yves Pennec », dans Les Polyphonies du texte, sous la direction de Montserrat Prudon, Al Dante, coll. « Traverses », 2002, 372 p., p. 335-349, repris dans Arlette Albert-Birot et Traverses, sous la direction de Montserrat Prudon, Traverses, 2011, 150 p., p. 73-86.

Jean-Yves Pennec

Depuis plusieurs années, « L’art dans les chapelles » réunit tous les étés une bonne quinzaine d’artistes contemporains chacun dans une de ces solides, rustiques et admirables chapelles bretonnes de la région de Bieuzy-les-Eaux/Pluméliau. Y exposant en l’an 2000, Pennec surprit ses visiteurs. Ni peinture ni sculpture ni installation, mais un travail séduisant et inédit, qui allait si naturellement dans le sens de l’aventure traversière que l’artiste fut derechef invité à participer à cette table ronde. Il y parla, devant un alignement d’œuvres originales, projetant des diapositives qui suivaient les étapes d’un cheminement artisanal, intellectuel et artistique, perçu alors par le public comme une évidence. Parti pris du cageot, certes, mais au sens fort. Pennec l’artiste n’a garde d’oublier que sa démarche part d’un objet si modeste qu’il n’est bon qu’à brûler après usage. Sauf si un œil averti a su un jour voir la beauté d’un art populaire authentique, susceptible de toutes les réappropriations. Le conservateur du musée de Valence ne s’y trompe pas qui, à l’automne 2001, invite Pennec à montrer aux Espagnols comment il donne une nouvelle vie, dans une autre dimension, à un modeste objet utilitaire dans lequel ils nous expédièrent oranges ou melons…

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