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Archive for mars 2015

Arlette Albert-Birot, « Michel Seuphor, un poète en liberté surveillée », dans Entretiens sur Michel Seuphor, l’écrivain, l’artiste, le poète, Méridiens Klincksieck, 1986, p. 83-93.

Un jour, Michel Seuphor écrivit : « L’artiste indépendant est le moine défricheur de notre temps[1] ». S’il est homme d’espace, du voyage, de la marche, notre poète est d’abord un homme de cabinet. Il ne redoute pas les longues heures de silence, « Je n’entends goutte, le silence parle[2] ».

Lorsque dans chaque instant qui passe tu peux toucher ce qui ne passe pas tu as trouvé le grand silence.

Lorsque parmi le grand silence tu peux trouver le germe de la vie tu as reçu l’amour.

Lorsque tu peux faire croître ton amour jusqu’à l’étendre à toute chose tu as trouvé la clé[3].

  Long tête à tête où Michel Seuphor vit intensément en compagnie des philosophes grecs, de Tchouang-Tseu, du Yi-King, de Thomas d’Aquin ; de ses artistes préférés, Pascal, Mondrian, Haydn…, mais aussi, et surtout, longues heures de tête à tête avec soi-même, « hupte cotoclupte mâtinée de hibou », découvre-t-il avec surprise en 1976[4].

 Moine défricheur,

  Le jour, debout, je suis à mes labeurs, je tire le sillon droit : la nuit, étendu, je laisse venir à moi un autre monde, j’entre dans mes jardins, dans mes Édens, j’y suis nomade (longtemps avant la découverte de la vie sédentaire) et je vis de cueillette.

 Les labours me donnent ce que j’attends de moi, la cueillette m’apporte une saveur, un parfum rare, de quoi stimuler les glandes salivaires. La règle et le jeu, le subsister et la raison de vivre3.


[1] Les Dimensions de la liberté, St Aquilin de Pacy, Librairie – Éditions Mallier, 1973, p. 59.

[2] Michel Seuphor – Écrits, œuvres, documents et témoignages, Carmen Martinez éditions, 1976, p. 161.

[3] Ibid., p. 158-159.

[4] Ibid., p. 21.

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Arlette Albert-Birot, « Littérature, le nom de la lumière ! », compte rendu du livre de Jean-Marie Blas de Roblès, Là où les tigres sont chez eux, Zulma, 2008, dans Livre/Échange, Centre régional des Lettres de Basse-Normandie, no44, octobre 2008, p. 12.

Jean-Marie Blas de Roblès

Un personnage noyau central à partir duquel va se construire un livre fabuleux au sens premier du terme : Éléazard von Wogau, échoué au fond du Nordeste brésilien, y est vaguement correspondant de presse, mais surtout, il établit le texte et annote fiévreusement, l’incroyable et improbable biographie – rédigée par son disciple Caspar Schott –, d’Athanase Kircher, jésuite du XVIIe siècle ; Kircher, inventeur démesuré et polygraphe universel, insatiable quêteur de savoir, créateur d’épopée, sorte de successeur fou de Pic de la Mirandole, rêveur définitif, frère de Pantagruel, Croniamantal, Grabinoulor, ou Guillaume de Baskerville, voyageur anxieux sur la piste des sujets les plus débridés ; ainsi, après avoir assisté à un réveil de l’Etna, vous aurez enfin « l’explication » de la manœuvre des miroirs d’Archimède à Syracuse ; vous partagerez aussi le déchiffrement des hiéroglyphes ! Et chaque chapitre du livre s’ouvre sur quelques pages de ce prétendu manuscrit qui ne seront pas sans rapports, proches ou lointains avec l’errance de tous ces paumés, décalés, insolites ambulants, plus ou moins liés à Éléazard, aux prises avec des aventures qui donnent le frisson, parmi les piranhas – dont on fait de la soupe ! – le chanvre, la cocaïne, la démence, la cruauté implacable, les chamans, les fossiles archaïques, l’ara Heidegger, la débauche dans les bars louches, la moiteur du climat, les grenouilles à tête rouge, les vautours charognards…

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